Une grande Tradition monastique


La grâce de la filiation et de la paternité spirituelle constitue l’une des voies privilégiée de la vie spirituelle tant en orient qu’en occident chrétien. La grâce de la paternité a pris une place éminente dans la tradition monastique et reste bien vivante. Pratiquée par les moines de Ganagobie dans leur chemin vers Dieu, ce don spirituel est largement partagé par eux dans leur accueil. Nombreux sont ceux qui recourent et puisent à cette source ou en retrouvent le chemin dans leurs lieux d’insertion communautaire ou paroissiale.

Voici quelques mois, Dom Hugues Minguet nous introduisait au discernement spirituel (Discerner pour agir, (n° 5 et 6 des Nouvelles de Ganagobie). Il prolonge aujourd’hui sa méditation pour nos lecteurs en les ouvrant à la grande tradition monastique de la paternité spirituelle.

Interrogé par Jean-Paul II sur ce qui manquait le plus à notre temps, le grand témoin que fut Rémi Montagne fut surpris par sa propre réponse : " il manque à notre temps le sens de la paternité ". Mise à mal par ceux que l’on a appelé les " maîtres du soupçon ", eux-mêmes sans doute bien mal interprétés, la grâce de la paternité tend à être redécouverte. Beaucoup cherchent des maîtres et explorent, souvent de manière anarchique, tout accès à la vie spirituelle.


Les Origines

La paternité spirituelle est présente dans les écrits du Nouveau Testament. Cette paternité est tour à tour présentée comme une grâce maternelle – St Paul évoquera " ses petits enfants, qu’il enfante de nouveau dans la douleur ", (Gal. 4, 19), ceux qu’il nourrit de " lait spirituel et non de nourriture solide " (1 Co 3, 2) – et comme une grâce de paternité – " auriez-vous mille pédagogues dans le Christ, vous n’avez pas plusieurs pères " (I Co 4, 19). L’Apôtre, le pasteur est à l’image de Dieu, père et mère. La paternité de l’apôtre sera donc toujours référée à Dieu, selon le principe évangélique cher à St Benoît : " qui vous écoute m’écoute ". Jésus met en effet en garde contre l’usage du mot père ou maître : " vous n’avez qu’un seul Père, vous n’avez qu’un seul maître qui est dans les cieux ". L’enfantement évoqué par St Paul est une grâce christique, il engendre dans le Christ Jésus : " car c’est moi qui, par l’Evangile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus " (I Co 4, 19).


La tradition monastique

La paternité spirituelle existe dès les origines de la vie monastique, St Antoine du désert, le père des moines, ne se forme-t-il pas lui-même auprès d’ascètes, ainsi que le rapporte St Athanase dans sa vie de St Antoine ? Elle connaîtra un développement particulier chez les premiers moines, ceux que l’on a coutume de nommer le, Pères du désert. Dans cette voie le disciple se met à l’école d’un père, dont la vie, l’exemple et la parole, vont l’amener à livrer le combat spirituel et à trouver la voie de la prière. Ces paroles des pères ont été consignées sous la forme d’historiettes ou de sentences savoureuses et empruntes d’une très haute sagesse, les " Apophtegmes des pères du désert ". Dans une ligne parallèle va se développer à côté de cette voie érémitique la voie cénobitique où la paternité spirituelle est remise aux mains d’un Abbé.

L’enseignement spirituel des pères est varié et complet, il traite avec réalisme de l’âme humaine dont il fouille les moindres replis, en même temps qu’il introduit dans la vie contemplative. L’ascèse proposée par les pères, la nepsis ou vigilance sur les pensées, l’apathéia, proche de la quies bénédictine, l’indifférence spirituelle, l’ouverture du cœur, l’obéissance, les humiliations, le jeûne et les veilles, la pratique du silence ou de la xenitéia (exil), l’humour même, sont tous orientés vers cette fin unique : libérer le cœur spirituel et le rendre disponible à l’action de Dieu. Par dessus tout domine l’humilité, vertu reine. Ainsi un moine célèbre sur son lit de mort se voit tenter par Satan : " tu m’as vaincu par ta vie vertueuse tout au long de ta vie, tu as gagné " concède le tentateur et le moine de rétorquer : " non, je ne suis pas encore mort ". Le combat de l’humilité dure jusqu’à la dernière seconde.


Un charisme baptismal

La paternité et la filiation spirituelles sont liées à la vie baptismale. Celle-ci nous fait enfant de Dieu. Le père spirituel est celui qui s’est ouvert à la vie dans l’Esprit, à la vie filiale. Etant fils dans le Fils, participant de la vie divine, il laisse jaillir en lui la vie de Dieu qui le transfigure. Le père spirituel est pneumatophore, porteur de l’Esprit ; aussi est-il porteur de ses dons : don de sagesse, d’enseignement, grâce thérapeutique ou d’intercession, charisme de prophétie, de lecture du cœur et des pensées. Sous un aspect parfois un peu austère lié à la correction, il révèle la miséricorde de Dieu. Dans la tradition orientale, le père est appelé " tendre père " ou " bon vieillard " avec une connotation de Sagesse et d’extrême bonté liée à la compassion.


Un exercice de la foi

Paternité et filiation sont des charismes de la foi. Le père spirituel, dans la foi, écoute l’Esprit-Saint qui parle dans la vie de son disciple. Il discerne, dans la foi ce qui vient de l’Esprit ou ce qui vient du mauvais. Le disciple, dans la foi regarde dans le père spirituel le Christ lui-même. Parlant de l’Abbé, Si Benoît écrit : " il est réputé tenir dans le monastère la place du Christ, comme il en porte le titre d’après les paroles de l’apôtre : “vous avez reçu l’Esprit d’adoption des enfants, par lequel nous crions : Abba, c’est à dire Père” ". (R.S.B. 2, 2).


La paternité lieu de révélation

Dans cet acte mutuel de la foi se révèle le don de Dieu et se déploient les charismes spirituels. Si le père spirituel est amené à porter dans une certaine mesure la foi défaillante du disciple ou à la secourir par sa prière, c’est en grande partie la foi du disciple qui fait le maître. Dieu se révèle à la mesure de la foi ; son action est alors souvent éminente et tangible. La foi, dans la tradition juive et chrétienne, est un don de Dieu. Elle ne représente pas un pari ‘ une hypothèse, elle est bien au contraire lieu de l’expérience de Dieu. En cas de défaillance de la foi, le père verra, dans la grâce du discernement, ce qui n’est pas en place et ce qui ne plait pas à Dieu. Il ne pourra cependant pas produire l’avancée spirituelle faute de rencontrer devant lui le désir spirituel et un appui unique sur le Christ. Relié au Christ par l’acte de foi, le disciple fera au contraire l’expérience de Dieu, de son action puissante, de son initiative, il goûtera le don de l’Esprit et sentira la grâce de la libération des entraves intérieures ; des chemins s’ouvriront. Souvent, dans la grâce de la paternité le Seigneur ne donnera pas tout de suite les lumières fulgurantes du discernement. Sa pédagogie invite père et disciple à un acte de foi et de confiance envers Dieu présent, acte de foi dans lequel il ne tarde pas à se révéler et à montrer sa route. Dieu reste toujours le maître spirituel. Un " père ", en spiritualité chrétienne, fut-il thaumaturge, comblé de tous les dons de l’Esprit, n’est pas un gourou tout puissant. La parole du père n’est là que pour libérer celle du fils. Sa direction n’est que fidélité aux voies de l’Esprit-Saint, son autorité a ici son sens étymologique (ce qui fait grandir).


Le père, un don de Dieu

La filiation est une grâce que l’on vit, elle n’est pas une grâce que l’on invente. Il y a similitude ici entre filiation humaine
et filiation spirituelle. La filiation est un don qui nous précède, une grâce que l’on reçoit. Dans la tradition monastique, ce don est souvent charismatique. Le père est celui que Dieu désigne par sa grâce ou qui a reçu charismatiquement le don de paternité. Dans un passé proche des saints ont manifesté de manière sur-éminente ce don spirituel. Ainsi Thérèse d’Avila, Catherine de Sienne, le curé d’Ars ou Dom Bosco en Occident, St Jean de Cronstadt, Silouane, Seraphim de Sarov en Orient ont enfanté les âmes et portés des dons spirituels multiformes. Souvent le don d’un père est inattendu et relève de l’initiative divine, mais il peut être aussi demandé dans la Prière.


L’ouverture spirituelle

La vie filiale amène à s’ouvrir. En se rendant lisible au père spirituel, le fils se rend lisible à Dieu et à lui-même. Ce dévoilement des pensées est le lieu du discernement. Il ne s’agit pas ici de " triturage " psychologique ou de voyeurisme spirituel. Le disciple, dans l’acte de dévoilement, cherche la lumière de l’EspritSaint sur sa vie. Il sait que le tentateur est le prince des ténèbres et que Dieu est lumière. L’ouverture spirituelle, principe de lucidité psychologique et spirituelle, est en même temps arme du combat spirituel. L’ouverture de conscience correspond à un passage de la subjectivité des pensées à leur objectivité dans la lumière de Dieu. Dans cette ouverture se dévoile l’inconscient, le non-dit, le sens, mais aussi les ruptures de sens, l’action tant de l’Esprit de Dieu que celui de l’ennemi. Les psychologues connaissent bien l’efficacité thérapeutique de ce parler et de cette objectivation des pensées, cependant l’ouverture spirituelle va plus loin. Elle est vécue dans la grâce charismatique de la foi et du don de discernement des esprits et laisse place ainsi largement à l’initiative de Dieu. L’objectivité de cette action est reconnaissable à la vérité produite et aux fruits spirituels qui se révèlent. Ce que doit redouter avant tout un être dans sa marche spirituelle, ce sont les angles morts. L’amour propre et l’orgueil recèlent de puissantes capacités d’aveuglement. Seul un regard extérieur peut balayer ces recoins, surtout lorsqu’il le vit dans la grâce de l’Esprit-Saint.
L’ouverture spirituelle est une voie sure vers l’humilité, elle fait passer du désordre des pensées à l’ordre, du mensonge à la vérité, du fantasme à une vie insérée dans le réel, de l’occulte à la lumière, d’une vie absente à la vie avec Dieu, en sa présence, laquelle est la fine pointe du réel. Dans cette mise en lumière l’ennemi perd sa marge de manœuvre, il est mis en déroute. Le prince des ténèbres ne peut agir qu’en terrain obscur.


La lecture des pensées

A l’ouverture des pensées du fils, animée elle-même par l’Esprit de Dieu, correspond souvent chez le père spirituel le charisme de lecture des pensées. Ce don spirituel peut avoir plusieurs niveaux : lecture des pensées psychiques (le père lit les pensées non exprimées du disciple), lecture du cœur spirituel (le père par la grâce de l’Esprit lit les mouvements du cœur spirituel). Ce don est souvent accompagné d’un charisme de connaissance (celle de l’action présente de Dieu, connaissance sur des faits enfouis dans la conscience ou des blessures que Dieu veut guérir, parfois don de lecture corporelle qui permet de lire l’inscription somatique de blessures psycho-spirituelles ou le rejaillissement psycho-spirituel de blessures corporelles). A cette grâce de lecture est souvent assorti un charisme de guérison.
En l’absence de charisme de connaissance, le père spirituel sera attentif à ces différents aspects de la vie humaine : relation au corps, domaine de la vie psychique et des pensées, équilibre psychologique, étage affectif, vie du cœur spirituel. Il veillera à l’unification de ces niveaux, comprendra leur inter-action. Il distinguera dans l’interprétation d’un même fait les différents plans logiques. Un même événement peut être lu dans ces différents étages et avoir une signification propre et une logique propre selon que l’on interprète sous tel ou tel angle, dans tel ou tel ordre. Il convient alors de discerner le niveau prioritaire et résolutoire des autres. Il est parfois plus utile d’inviter quelqu’un a se reposer quelques jours ou à aller dormir (niveau logique du soma) que de l’exhorter à des exercices pieux... (niveau logique du pneuma).


La prière du père

Cette prière est essentielle, de même que celle du fils spirituel, pour la mise en œuvre des dons spirituels. La prière de l’un et de l’autre sont épiclétiques. Le père demande la grâce de l’Esprit sur le disciple, de même que le disciple prie pour que le Seigneur bénisse son père et fasse lumière sur sa vie à travers lui. La tradition monastique attribue cependant une place particulière à la prière du père spirituel. Celui-ci imite ou plus exactement rejoint la prière du Christ (Cf. Jn 17).
Cette mutuelle prière d’intercession est à la fois grâce de lumière et puissance dans le combat spirituel : la puissance de la foi du père spirituel, en qui l’Esprit-Saint est libéré, agit et met en déroute l’adversaire, en même temps que le disciple s’ouvre à l’action de l’Esprit-Saint. Cette prière de l’un et de l’autre souligne que tout ici est référé à Dieu et à l’union à Dieu. La paternité spirituelle, pas plus que les charismes ne sont des gadgets spirituels : l’amour de Dieu et du prochain doivent être principe d’animation de cette démarche.


Le fils est le maître

Le fils est le maître ... après Dieu ! La grâce de la paternité spirituelle produit la vie filiale dans l’Esprit-Saint. La paternité spirituelle est totalement dépendante de ce dessein de Dieu et des chemins qu’il utilise pour y mener. Le père spirituel ne reproduit pas le " même ", il est constamment ouvert sur l’Altérité du fils, sa singularité, sa personnalité unique et plus fondamentalement encore sur l’Altérité de Dieu, sa visée sur cette âme, principe de personnalisation : le père spirituel est simple instrument dans la main de Dieu. E est le témoin et le serviteur de cette relation unique que Dieu entretient avec le fils spirituel qu’il lui confie. Service de Dieu et service du frère, la paternité est marquée par la crainte de Dieu et l’obéissance à son Esprit. L’humilité doit être la marque d’un père spirituel, en même temps que la désappropriation. Le père spirituel ne conduit pas des âmes à lui, mais à Dieu. Cette désappropriation du père induit celle du fils. Lui aussi doit être détaché du père spirituel, être indépendant dans sa vie affective.


Le mercenaire et le berger

Le désintéressement fait partie de l’ascèse de base d’un père spirituel. C’est là un aspect important de la pureté du cœur. Il est invité à ne pas préférer les brebis grasses aux brebis maigres. (Cf. Ezéchiel 34). Sa fidélité le conduit a donné sa vie pour ses brebis. Le père spirituel est avant tout fidèle à Dieu. Cette fidélité l’amènera parfois à rencontrer l’incompréhension du fils, parfois même le rejet ou le jugement de l’entourage. Instrument du combat spirituel et de l’union à Dieu, le don spirituel de la paternité est toujours attaqué.
L’enfantement spirituel naît de la grâce pascale, d’une mort avec le Christ abandonné par les siens. Avec le Christ, le père spirituel est amené à la vie oblative : " Le serviteur n’est pas plus grand que son maître, s’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront, s’ils ont gardé ma parole, la vôtre aussi, ils la garderont ". (Jn 15, 20). Ce qui peut être vécu dans l’extrême révèle en fait une orientation fondamentale de la paternité qui est l’enfantement par la prière et par la croix. E est nécessaire alors pour le père spirituel d’ancrer son charisme plus profondément encore dans la vie ecclésiale et de se soumettre à la supervision de son propre père spirituel ou au discernement d’un homme de Dieu expérimenté. L’abandon définitif de la part du disciple ou l’incompréhension momentanée, si elle est justifiée par la fidélité du père spirituel à Dieu, et non liée à son incurie, sont alors pour lui une entrée plus profonde dans la liberté spirituelle et dans le mystère de Pâques, sources d’un surcroît de fécondité missionnaire. Souvent le père spirituel éprouvera lui-même le besoin de trouver appui pour son ministère sur des âmes contemplatives livrées au mystère pascal et à la vie oblative. Ainsi St Dominique fonde-t-il un ordre de moniales pour trouver force et appui pour la mission de sa jeune congrégation, ou encore de nos jours, Mère Thérésa créé un réseau de malades qui prennent en charge dans la prière chaque missionnaire de la charité.


Etre Fils

La filiation spirituelle révèle notre identité et notre vocation, elle constitue une voie vers son accomplissement. Créés par Dieu, nous sommes appelés à partager la gloire de son Fils, à vivre de sa vie filiale. St Paul, écrivant aux chrétiens d’Éphèse, contemple ce dessein de Dieu qui est de toujours à toujours : " Il (le Père) nous a élu en Lui (son Fils Jésus), dès avant la création du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’Amour, déterminant d’avance que nous serions pour lui des fils adoptifs par Jésus le Christ ". (Ep. 1, 4).
La filiation spirituelle est l’école de la vie filiale, de la vie dans l’Esprit. Le père spirituel, ayant appris à lire les signes de Dieu, à reconnaître les motions de son Esprit, expérimenté à discerner ce qui vient de l’homme, de l’esprit mauvais ou de Dieu, va permettre à son disciple de faire l’apprentissage du discernement spirituel sur le terrain bien concret de sa vie. En cela la filiation est toujours un chemin unique, personnalisant. Le père spirituel apprend à reconnaître la voix de Dieu et indique la manière de dialoguer avec lui. Le fils expérimenté n’a plus besoin de la multiplicité des signes, il reconnaît les motions subtiles de l’Esprit-Saint et trouve son autonomie spirituelle. La paternité est avant tout une paternité d’écoute : le père spirituel, écoutant de Dieu, apprend à entrer dans l’écoute et l’adhésion à l’Esprit de Dieu. Cette adhésion à l’Esprit, laisse entière notre capacité créative, la requiert et la développe. La maturité de la vie filiale conduit à un dialogue de réciprocité avec le père et porte une grâce d’émerveillement envers l’œuvre de Dieu.


Liberté intérieure et prière

La relation au père spirituel n’est pas dépendance, si ce n’est envers Dieu, dépendance d’amour, dépendance qui fait entrer dans la liberté des enfants de Dieu. Le fruit de la filiation spirituelle est une immense liberté intérieure. S’étant attaché par l’ouverture spirituelle à n’apprendre qu’à obéir à Dieu, le fils vit une grande liberté vis à vis des contraintes, des contradictions, dans le combat spirituel lui même. Seul importe pour lui la vérité en Dieu ou le poids des événements dans la lumière divine.
La filiation spirituelle n’est donc pas renoncement à la liberté. Seule la maturité humaine et spirituelle peuvent conduire à un renoncement à soi pour accéder à une liberté intérieure nouvelle et supérieure. Il convient d’agir en ce domaine avec prudence et discrétion. L’obéissance elle-même doit être personnalisante. Elle requiert responsabilité et initiative, mise en œuvre des dons et des talents, elle doit être chemin authentique de liberté. Elle le sera dans la mesure où elle est voie christique et développe en nous la vie de Jésus et la participation à son mystère, dans l’ordre de l’Amour. On comprend dès lors que seul peut être père celui qui est réellement fils.


Filiation et vie trinitaire

La vie dans l’Esprit du Fils devient entrée dans la vie trinitaire. L’ouverture à l’Esprit-Saint, l’adhésion à sa motion rend libre. Dès lors l’Esprit va conduire l’âme de manière souveraine lui conférant ses dons, l’attirant dans le silence et le recueillement de la vie trinitaire où se dévoilent et le Père et le Fils et l’Esprit. L’Esprit met en mouvement trinitaire celui qu’il configure au Fils. La filiation spirituelle devient alors vie unitive, le priant ne peut plus distinguer entre sa prière et l’engagement vital de lui-même ; animée par la Parole de Dieu, sa vie devient parole. Le fils spirituel découvre la présence agissante du Christ par l’Esprit. Il se laisse configurer au Christ comprenant son mystère, non plus par l’intellect seul, mais par participation. Il devient alors un adorateur " en Esprit et en Vérité ", selon le mot de St Jean ou encore, il peut dire avec St Paul : " Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi ". Dans ce chemin ne comptent plus les dons spirituels sensibles, seul importe ce don que St Paul désigne comme la voie supérieure : la Charité.

Dom Hugues Minguet